Automne 2017 : fin d'une époque

7 octobre 2017

Deux évènements ont marqué l'actualité politique des élus des F.D.E. - Français De l'Etranger – ces dernières semaines, l'élection sénatoriale du 24 septembre et le discours, le 3 octobre, du président de la République pour la première fois devant l'A.F.E. - Assemblée des Français de l'Etranger.


 


L'élection sénatoriale :


Rappel : 12 sénateurs représentent les FDE, élus à la proportionnelle pour 6 ans et renouvelables par moitié tous les 3 ans. Leur collège électoral comprend les conseillers et délégués consulaires (510) élus pour la première fois en juin 2014, les parlementaires des FDE,12 sénateurs et 11 députés - loi de 2013 mise en oeuvre la première fois en 2014.


Le résultat du scrutin est marqué par une surprise, l'effondrement des L.R. et leurs alliés centristes, avec une seule élue contre 3 en 2014, passant de 185 voix à 84. Et cela au profit d'un candidat, Mr. Bansard, déclaré "indépendant" – de gauche et de droite ? – qui, ayant échoué de peu en 2014 avec 61 voix, prend une éclatante revanche en obtenant 132 suffrages et gagne 2 sièges. Une autre liste de droite, indépendante, obtient un siège avec 58 voix. Mais cette bataille des droites devient troublante lorsqu'on apprend que ces 3 nouveaux élus se sont inscrits au groupe L.R. du sénat !!!!


De leur côté les socialistes soutenus par FDM-adfe sauvegardent leurs deux sièges, malgré un léger recul passant de 158 à 132 voix. L'autre fait marquant est l'échec de LREM avec seulement 50 voix (9,60%) trois autres listes très minoritaires -29,12 et 1 voix sur 521 suffrages exprimés ) se partageant les restes.


Ce qui fait que le rapport des forces au sein des sénateurs de l'étranger est identique à celui des scrutins précédents avec 8 sièges à droite et 4 à gauche, avec un léger repli de la gauche de 36,62% à 30,91% des voix.


Quels enseignements tirer de ces résultats ?


Le scrutin 2017 ne fait que confirmer ceux de 2014 et 2011: rien n'a changé comme si il ne s'était rien passé en France avant septembre 2017 ! En effet, contrôlée par les deux blocs en place : L.R./Centristes/Divers Droite et l'association UFE, d'une part et P.S./Ecologie et l'association FDM-adfe d'autre part, cette dernière élection sénatoriale ne pouvait que répercuter le rapport des forces politiques issu de l'élection consulaire de 2014. Il était donc très improbable de voir la majorité LREM faire un bon score.


La déroute électorale de ces formations politiques, particulièrement sévère à l'étranger, tant à la présidentielle qu'aux législatives, enlève toute légitmité à ces élus de 2014 pour parler au nom des FDE. Si à droite l'implosion est déjà réalisée, il se pourrait bien qu'à gauche les apparences soient trompeuses. Que peut bien signifier ce vote des élus PS et FDM-adfe dans le contexte sinistré de la gauche française depuis ces derniers mois ? Un dernier baroud pour l'honneur ? Un îlot de résistance, "hors sol" loin des réalités de la France et des FDE et sans avenir ?


L'émiettement des voix entre six listes qui ne montrent guère de différences entre elles en dit long sur la déliquescence d'une classe politique indigne des FDE. Et accuser Mr. Bansard d'avoir trompé les grands électeurs ou d'avoir cherché à les manipuler, si c'était avéré, en dirait long sur le désarroi des élus consulaires, réduits à être de braves petits soldats et sur leur immaturité politique entretenue par le système pour sa sauvegarde.


 


Le discours du président Macron


 


C'est dans ce contexte politique que le président Macron s'est présenté devant l'AFE, comme il l'avait annoncé, pour rappeler les grandes lignes de son action et la place des FDE dans son projet. En s'adressant aux conseillers de l'AFE le président de la république a voulu donner plusieurs messages. Discours jugé de bonne facture tant sur la forme que sur le fond. Cliquer ici


Au de-là d'une assemblée qui lui est clairement hostile le président s'adressait surtout à cette large majorité des FDE qui ont voté massivement pour lui, tant à la présidentielle qu'aux législatives, pour leur dire que loin de vouloir les "marginaliser", commme certains le prétendent, les français de l'étranger étaient bien au coeur de son projet. Et que l'absence d'un ministre ou d'un secrétaire d'état spécifiques aux FDE dans le gouvernement ne prouvait pas le contraire.


Si on veut dégager quelques idées fortes on retiendra :


La volonté de redéfinir la relation entre la France et les français de l'étranger. Qu'il ne peut y avoir de rayonnement de la France sans une "réforme" du pays et sans une refondation de l'Europe. Que les transformations de la France passent par ses performances économiques, sociales et par la réforme du code du travail et de la formation professionnelle qui complèteront ces changements. Que, malgré les restrictions budgétaires, l'effort en faveur de l'AEFE sera préservé mais devra être accompagné par des innovations, en dehors du budget de l'état, pour lui permettre de rester fidèle à sa mission. Que la fiscalité doit être revue, les démarches pour les FDE simplifiées, en particulier en développant le numérique et en garantissant la sécurité, le secret et la sincérité des votes. Extrait :"Qu’il est essentiel qu’il y ait une vitalité démocratique dans toutes les communautés françaises à travers le reste du monde et que nous devons collectivement les faire vivre ....et qu''il faut "travailler sur ce problème de (faible) participation en tant qu’il est le symptôme de quelque chose de plus profond qui s’est parfois ancré.".... les difficultés matérielles et informatiques n'étant qu'une explication partielle de la forte abstention à certains scrutins. Enfin la sécurité à l'étranger et le Plan climat sont aussi les autres sujets communs à tous, en France et à l'étranger.


 


Pour terminer son intervention le président Macron a fait une mise au point sur la suppression de la réserve parlementaire en précisant qu'il a demandé au ministère de mettre au point un dispositif, comme sur le territoire national, qui permettrait d’accompagner le tissu associatif des Français de l’étranger compte tenu de la suppression de cette réserve.


 


A travers ce discours de "politique générale" à destination des français de l'étranger, on peut relever des confirmations et des allusions sur le devenir de la repésentation politiques des FDE.


Ainsi on apprend que dans le cadre d'une amélioration du vote internet, le président a confirmé les scrutins de 2020 pour les conseillers consulaires et 2022 pour les députés qui semblent donc définitivement acquis. Par contre, dans le cadre de la réforme constitutionnelle programmée dans les deux années à venir, rien sur le sort des 12 sénateurs représentant les français de l'étranger ; maintien ? Suppression?


Concernant l'avenir de l'AFE, un changement semblerait bien devenir possible, même si le président avoue ne pas avoir d'idée arrêtée actuellement sur le sujet et que plusieurs pistes de réflexion existeraient.


Extrait : "Des idées circulent, y compris dans le cadre de la réflexion sur la réforme du CESE que j’ai souhaitée pour que les Français de l’étranger puissent aussi en tant que personnalités qualifiées mettre leur expérience, leurs connaissances au service justement d’une instance de consultation nationale modernisée. Je ne suis fermé à rien, mais je souhaite qu’on puisse raviver le débat démocratique sur l’ensemble de ces sujets.
Et quand je parle de débat démocratique, je parle bien évidemment d’une nécessité à tous égards pour l’ensemble des Françaises et des Français, y compris celles et ceux que vous représentez."


Sans vouloir prétendre faire l'exégèse de ce discours, je me plais à imaginer comment pourrait se concrétiser cette idée. Je pense que le président suggère que, au lieu d'être enfermée sur elle-même – et encore plus qu'auparavant depuis la réforme bancale de 2013 – l'AFE, telle qu'elle existe aujourd'hui, serait supprimée. Par contre les français de l'étranger entreraient au Conseil Economique Social et Environnemental – CESE  Cliquer ici - troisième assemblée du pouvoir législatif mais seulement consultative - où siègent des réprésentants des forces vives de la Nation de tous les domaines, associatif, économique, syndical, culturel etc.. Ce qui est un signe fort en direction des FDE bien loin de la marginalisation décriée ! Une réforme du CESE devrait permettre cette introduction?


Le CESE alimente les parlementaires en dossiers discutés en son sein. Cette nouvelle donne permettrait aux FDE d'être présents là où se débattent les grandes orientations du pays, de ne plus dépendre des fonctionnaires du MAED et de contribuer aux débats nationaux. Bref de sortir de la tour dans laquelle ils se sont enfermés.


L'AFE pourrait laisser place à une "Association des Conseils Consulaires, qui, s'inspirant de l'Association des maires de France, assurerait la coordination des 130 conseils consulaires et le lien direct avec les parlementaires et les ministères.


Et si le rêve devenait réalité ?


Jacques Saillant – Octobre 2017.  http://www.fde-citoyennete.fr