Election présidentielle 2017

et maintenant ?

3 mai 2017

Extrait du livre "Français de l'étranger, quelle citoyenneté ?" ( publié en juin 2016 )


"Et maintenant, que faire ?


De tout cela, il ressort un malaise profond.


La France ne connaît pas le nombre exact de ses ressortissants vivant à l’étranger. De moins de 2 millions de Français inscrits au registre, ils pourraient atteindre en réalité près de 3 millions. Un tiers échapperait donc à toutes les statistiques, déjà bien incomplètes. Il devient urgent que les services de l’État se dotent des outils nécessaires pour mieux connaître ces communautés réparties à travers le monde. En commençant peut-être par demander aux candidats à l’expatriation sur le point de partir de sedéclarer obligatoirement et en espérant que les nouvelles mesures d’inscription au registre des Français à l’étranger faciliteront leurs démarches. De même, il devient urgent que les services de la Direction des Français de l’étranger du MAEDI lancent une grande enquête d’opinion pour interroger les Français de l’étranger, dans leur diversité, sur leurs ressentis et leurs attentes réelles de la France et sur l’exercice de leur citoyenneté. Puisque l’AFE ne semble pas avoir inscrit cette question dans ses priorités !


 L’histoire de la représentation politique des Français de l’étranger, que nous avons développée, confirme aussi le malaised’une institution, le CSFE devenu AFE, toujours en décalage, de deux ou trois décennies, avec les vagues successives de français partis pour l’étranger, sans s’interroger sur leurs caractéristiques et leurs attentes. Mal élus et en manque de représentativité, les conseillers AFE, malgré leur bonne volonté, se sont retrouvés déconnectés de leurs compatriotes. Et le succès relatif de l’élection présidentielle (2012) à l’étranger vient démentir clairement toutes les explications et les solutions proposées pour amener aux urnes leurs compatriotes. La « solution » avancée par ces élus de doter l’AFE de fonctions exécutives n’est qu’illusoire. Aucune nécessité politique ne justifie son maintien. Il faut de la lucidité et du courage pour que les conseillers AFE l’admettent.


Tout cela vient confirmer l’absence d’une réflexion politique, en panne à gauche depuis près de trois décennies. Et la réflexion sur « les Français de l’étranger » n’y a pas échappé. Les tactiques politiciennes et l’immobilisme l’ont emporté sur la réflexion et le travail de fond. Finalement, ce qui s’est passé pour les Français de l’étranger n’est que le reflet de la politique nationale. Personne ne veut entreprendre les réformes nécessaires et affronter tous les conservatismes. Alors, on accumule, au fil de pseudos réformes, des décisions de circonstances qui ne règlent rien. Et le temps passe et ceux qui appartiennent au système s’accrochent au nom de grands principes qui enfument la réalité.


Il devient donc urgent de rappeler quelques principes. En commençant par l’affirmation que la souveraineté nationale s’arrête aux frontières de notre pays ; que si l’État français décide d’accorder des droits à ses populations vivant à l’étranger, il ne peut le faire que selon des règles bien définies qui confirment bien leur appartenance, sous des formes à fixer par la loi, à la communauté nationale, au vivre-ensemble et à la solidarité. Bref qu’ils sont bien des citoyens mais tout en sachant que leur extraterritorialité leur interdit de prétendre à tous les droits dont ils pourraient bénéficier sur le sol national. Seul ce discours de vérité permettra d’envisager un vrai changement. 


La réforme de 2013 pourra alors être enfin menée à son terme, avant 2020, date de la prochaine élection des conseillers consulaires, en tirant profit de l’expérience de ce premier mandat. Suppression de l’AFE, remplacée par l’association des conseils consulaires, et des 12 sénateurs représentant les Français de l’étranger, sont les premières mesures à prendre. Mesures fortes mais nécessaires pour marquer la rupture avec la deuxième moitié du XXe siècle et la volonté de s’inscrire dans le monde d’aujourd’hui. Rapides dans leur application, ces mesures seraient conformes aux attentes de bien des citoyens et responsables politiques qui prônent la réduction du nombre d’élus pour s’en tenir à l’essentiel. Les Français de l’étranger n’ont plus besoin de ces deux institutions obsolètes. Enfin, elles participeraient à la réduction des déficits du budget de l’État, donnant ainsi l’exemple tout en contribuant à l’effort national. Ce serait un signal fort.


Pour accompagner l’achèvement de la réforme, un deuxième axe de réflexion est nécessaire pour aboutir à un travail législatif pour refonder, comme nous l’avons vu, le droit de vote, l’accès au réseau de l’AEFE, aux bourses et la fiscalité, sur l’esprit de solidarité du vivre-ensemble, sur les droits et devoirs intimement associés. Pour donner un signe fort d’appartenance à la communauté de destin de notre Nation, dans une citoyenneté assumée et partagée.


Dans cette réorganisation des rapports de l’État avec ses populations établies hors de ses frontières, les associations reconnues d’utilité publique doivent prendre la place qui leur revient, sans engagement partisan. En effet, elles doivent, dans le cadre associatif, favoriser la diffusion des informations — elles
sont encore les mieux placées pour cela — et permettre aux Français de l’étranger de se retrouver, selon leurs sensibilités, dans l’échange et la convivialité. Il est tout de même intéressant d’observer que la politisation des débats au sein de FdM-ADFE et de l’UFE, chacun cherchant à se démarquer de l’autre à l’approche de chaque élection, s’estompe assez vite une fois le verdict des urnes rendu. Ceci se vérifie peut-être encore plus pour l’AFE élue en 2014. L’histoire du CSFE/AFE depuis trente ans montre assez bien que les réformes proposées par ses élus sont votées à l’unanimité très souvent, sauf, bien entendu, pour l’affrontement PEC contre bourses, comme nous l’avons vu ! S’il y a des votes opposés, ils sont toujours très minoritaires et ne reflètent en rien l’affrontement gauche-droite, plus ou moins factice, des périodes électorales. Les votes émis lors de la dernière assemblée plénière de mars 2016 illustrent parfaitement ce consensus dans des débats qui relèvent presque tout le temps de la simple réglementation. La lecture de toutes ces « propositions » pose bien des questions sur la portée et même la nécessité de tels débats. Nous sommes dans une caricature de la politique. Faudra-t-il encore attendre deux ou trois décennies pour que l’on mette fin à cette comédie du pouvoir ?



Heureusement que vivre à l’étranger ne se réduit pas aux seuls problèmes que nous avons soulevés et qui comptent pourtant. Vivre à l’étranger, c’est avant tout de belles rencontres, de l’amitié et des découvertes passionnantes dans tous les domaines, qui nous enrichissent et nous construisent. Tout n’est pas toujours facile, mais le retour au pays ne se fait jamais sans nostalgie. La pratique citoyenne des Français de l’étranger peut paraître à certains un sujet bien dérisoire à côté de ceux qui agitent actuellement notre pays. Et pourtant non, les questions qu’elle nous pose sont bien de celles qui se posent à notre démocratie d’aujourd’hui : absence de vision politique, manque de courage pour réformer l’État et bousculer les conservatismes.


Candidats aux primaires du centre et de la droite, vous qui nous sollicitez en ce moment ; futurs candidats à l’élection présidentielle et aux législatives de 2017, parlez vrai, parlez juste et traitez-nous en citoyens responsables."