Elections européennes

Qui a gagné ?

29 mai 2019

Si Marine Le Pen a gagné le scrutin des européennes, on peut aussi affirmer qu'Emmanuel Macron a remporté une victoire politique dont on n'a pas encore mesuré l'ampleur de ses conséquences. Seul contre tous, ou presque, le président Macron a bien résisté au RN qui le devance de très peu alors que la participation a gagné plus de huit points par rapport au dernier scrutin de 2014. Le FN était alors déjà en tête loin devant la liste de la majorité du président Hollande. 


 


Les commentaires ou prédictions des dernières semaines précédant le scrutin suggérant la fin politique du quinquennat sont déjà oubliés pour se projeter sur les deux années à venir ; voire sur la prochaine présidentielle avec une possible ré-élection de Macron, si cette nouvelle donne se confirmait. C'est dire l'ampleur du séisme politique : effondrement des LR et de LFI ; mort cérébrale du PS laissant orphelins des millions d'électeurs obligés de chercher ailleurs une voie pour faire barrage à l'exrême droite. Que dire aussi de l'émiettement de toutes ces "petites listes" de l'extrême gauche à l'extrême droite et  parfois teintées de jaune espérant une défaite cinglante du président. En vain...!


 


La suite de ce scrutin va se jouer à Bruxelles dans la recherche d'une majorité au parlement européen, faute de majorité électorale. Cette recherche d'une nouvelle majorité politique pourrait servir de leçon à la classe politique française, enfermée dans le scrutin majoritaire rejeté aujourd'hui par les petites formations politiques et les gilets jaunes, contestant la légitimité d'un pouvoir qui a obtenu à peine 25% des voix au premier tour de la présidentielle. Mais les français ont la mémoire courte. Ils oublient l'instabilité des gouvernements d'avant 1958 du fait du jeu d'alliances de circonstances qui ont rendu la France ingouvernable et précipité la chute de la IV ème république. Alors qui, des Verts ou des formations du centre, arriveront à s'allier avec les conservateurs ou les sociaux-démocrates pour contrôler ensemble le parlement européen? Les écologistes français seront-ils compatibles avec leurs homologues allemands ? Pas sûr.


 


L'issue de ce débat sera intéressante pour l'avenir de la démocratie française. En effet il faut rappeler que la démocratie parlementaire, si décriée par les gilets jaunes, reste la meilleure forme de gouvernement parce qu'elle repose sur la recherche permanente du"compromis" le meilleur pour l'intérêt collectif. Il ne serait pas impossible de voir notre système politique français, actuellement trop présidentialiste, se rapprocher de ce modèle. Si dans une démocratie comme la nôtre, un groupe politique arrive au pouvoir avec seulement une adhésion de 25% de ses électeurs à son programme, les autres ayant voté pour lui uniquement par rejet de l'autre candidat présent au deuxième tour, il y a forcément un problème si cette réalité n'est pas prise en compte dans l'action de son gouvernement. D'où l'intérêt de la réforme constitutionnelle annoncée.


Par contre, le processus d'une réforme étant en cours, il est intolérable de voir une minorité vouloir imposer ses revendications par la rue. La démocratie, c'est rassembler une majorité d'idées autour de valeurs communes pour l'intérêt général de la Nation. Et la Nation, c'est bien l'ensemble des citoyens dans la diversité de ses composantes, c'est à dire le Peuple. C'est pourquoi le mouvement des gilets jaunes qui n'est qu'une faible partie du Peuple, ne peut pas se déclarer être à lui seul le Peuple. Il ne peut imposer ses choix par la rue. Mais leur refus de s'organiser pour s'insérer dans un processus politique les condamne à la marginalisation et au recours à la violence. C'est une voie sans issue. Il ne faudrait pas que bon nombre de ces français abusés et désorientés par cet échec annoncé aillent grossir les bataillons du R.N. trop heureux d'engranger des soutiens motivés par la frustration et la haine avec le seul projet "d'abattre" le président Macron.


 


Quant au vote des français de l'étranger, il amène les commentaires suivants. La victoire du président Macron est incontestable - presque 37%- confirmant les scrutins de 2017. L'élection des conseillers consulaires de 2020 se présente sous de bonnes augures pour LaREM si ce parti propose aux français de l'étranger une vraie rupture avec le passé. La poussée des Verts révèle encore un peu plus l'effondrement des LR et du PS qui depuis des décennies dominaient les élections et en particulier celle de l'AFE. Heureusement le vote RN reste très faible ; par contre la LFI, comme en métropole, ne profite pas de l'effacement du PS. Par contre la mobilisation des électeurs reste faible (18%) même si on gagne presque 8 points sur les scrutins précédents. Ce rebond est intéressant et d'autant plus qu'il n'y avait pas un autre vote associé à celui des élections européennes, comme  en 2014, couplées avec celles des conseillers consulaires. C'est remarquable ! Faut-il y avoir un phénomène Macron qui avait été plébiscité par les français de l'étranger en 2017 ? A voir pour l'année prochaine.


A coup sûr cette élection européenne de 2019 marquera un tournant dans la présidence d'Emmanuel Macron.