Gilets jaunes, gilets rouges...

et après ?

27 janvier 2020

Année 2020...ça passe ou ça casse ?


          Après les gilets jaunes, les gilets rouges. A qui le tour maintenant ? Le président Macron risque de connaître une année difficile : élections municipales qui ne peuvent pas être favorables à sa majorité ; réforme des retraites qui va encore coaguler toutes les oppositions ; majorité politique qui se fragilise au sein de son propre mouvement et dans l'opinion. Nous assistons alors à un curieux paradoxe. Alors que beaucoup d'indicateurs économiques sont au vert, dont la baisse du chômage et l'augmentation du pouvoir d'achat, la France va mal. Le "tout sauf Macron" devient de plus en plus audible et serait le cri de ralliement de cette colère protéiforme. Ce qui interroge.


 


          De même que les améliorations économiques constatées ne sont pas le seul fait de l'actuel gouvernement - merci Hollande - de même, le mal-être exprimé dans les colères populaires depuis fin 2018 prend sa source dans les deux ou trois décennies écoulées, par le manque de courage ou de lucidité des majorités que se sont succédé. Phénomène que le nouveau président a tardé à comprendre tellement conforté, et sans doute aveuglé, par une victoire électorale "hors norme" et l'effondrement des partis politiques de gouvernement. Seuls les extrêmes ont échappé à ce séisme, le RN s'en sortant mieux que la France Insoumise.


 


          Ce vide politique se trouve aggravé par l'inexpérience de la nouvelle majorité et sa difficulté à s'organiser, prise entre la promesse de faire la politique autrement et donner la parole à la base, et les réalités du fonctionnement d'une démocratie "très verticale". Les critiques contradictoires à son égard le montrent bien. En l'absence d'un contre pouvoir politique, certains responsables syndicaux, marginalisés et à la recherche de revanche, ont décidé de contester dans la rue la réforme des retraites, frontalement en "exigeant son retrait" face à un gouvernement fort de sa majorité parlementaire. Dans ces conditions, on ne laisse aucune chance au dialogue républicain. Cette stratégie assumée donne une lourde responsabilité à ces dirigeants syndicaux qui ont voulu"se faire"le gouvernement au détriment des intérêts du pays. Mais cette fuite en avant ne serait-elle pas en fait l'aveu de leur impuissance à contrôler leur base qui fonctionne de plus en plus en mode "gilet jaune" ?


 


          Ce qui explique les débordements, la montée de la violence verbale et la grande frustration des grévistes les plus engagés dans un bras de fer avec le "pouvoir". La grève devient une arme politique qui justifie tout. La mouvance de l'extrême gauche se délecte de cette stratégie et, sciemment, participe à un populisme qui fait monter le R.N. qui en sera le principal bénéficiaire électoral. Les deux années à venir vont être difficiles pour ceux qui croient qu'il ne peut pas y avoir progrès social sans démocratie. Il suffit de jeter un oeil sur le passé pas si lointain pour vérifier que toutes les démagogies, même celles qui se réclament du socialisme, tuent la démocratie.