Le débat sur le voile islamique

Le voile...ou la confusion

25 octobre 2019

  


          En ce mois d'octobre 2019 la question du voile dit "islamique" agite les débats et divise notre pays en deux camps nettement opposés. D'un côté, ceux qui lui sont farouchement hostiles remettant en cause la laïcité et le statut de la femme dans notre société. Aussi demandent-ils le vote d'une loi pour l'interdire. De l'autre, ceux qui l'acceptent parce que son port traduit une conviction religieuse intime qui relève de la liberté de conscience, son usage dans l'espace public étant précisément règlementé par la loi, au nom de la laïcité. La violente charge d'un élu du RN qui s'en prend à une mère de famille voilée accompagnant dans le cadre d'une activité pédagogique un groupe d'enfants de CM2 au sein d'un conseil régional est parfaitement intolérable dans la cadre de notre législation actuelle et sème la confusion. Aussi est-il nécessaire de revenir sur ce débat en observant les faits et de vérifier si le voile relève bien de la seule intime conviction "religieuse" et s'il est bien compatible avec nos institutions.


 


Pour nous, citoyens français, notre code du vivre ensemble est rassemblé dans un cadre que nous nous sommes donné démocratiquement et construit par acquis successifs depuis 1789 : notre Constitution. Placée au dessus des lois religieuses par un principe typiquement français et souvent incompréhensible pour d'autres peuples, la laïcité de l'Etat ; elle est notre intime "conviction démocratique".



Les cultes monothéistes, juifs et chrétiens, qui constituent une part importante de notre héritage culturel, ont été contraints, par l'évolution de nos institutions et de notre société, sur de longues périodes souvent - parfois des siècles - de renoncer au pouvoir temporel. Cette séparation des pouvoirs entre l'Etat et les églises, consacrée par la loi de 1905, a été le fruit de bien des crises qui ont parfois menacé notre cohésion nationale. Aujourd'hui, si la laïcité est bien le marqueur constitutionnel de notre république, elle n'empêche pas les débats sociétaux sur bien des sujets qui relèvent de l'intime conviction reposant sur des valeurs Humanistes, Philosophiques ou Religieuses. Il revient alors aux citoyens d'en débattre pour confronter leurs intimes convictions et d'en décider par leur vote, dans le cadre de notre constitution, la loi de l'Etat l'emportant sur toutes les autres considérations.



La Constitution française et la laïcité de l'Etat garantissent à chaque personne vivant sur son sol les Droits fondamentaux de Liberté - de pensée, de conscience, d'expression, de s'associer, de croire ou de ne pas croire pour ne citer que celles-ci ; d'Egalité devant la loi et tout particulièrement l'égalité Hommes/Femmes, combat encore inachevé ; de Solidarité entre les classes sociales, les générations, les territoires. C'est la mise en oeuvre de ces Droits et des Devoirs associés, jamais complètement aboutis et parfois remis en cause, qui constitue le fondement de notre débat démocratique et de notre cohésion nationale. Aujourd'hui on constate que cette "nouvelle affaire" fait monter un malaise profond, pas nouveau certes, mais qui révèle que la question de l'Islam dans notre république reste posée;


Ce malaise est très visible, surtout dans les débats télévisés, en contatant que les défenseurs du voile ne semblent pas complètement sincères dans leurs arguments, se refusant d'aborder publiquement tous les aspects de cette question. Et ce n'est pas l'intervention d'une femme voilée qui lèvera le doute. Par contre les adversaires farouches du voile peuvent déployer leurs discours anti-musulmans qui font mouche, fracturant un peu plus notre société. Dans ces conditions, sommes-nous définitivement condamnés à un affrontement dévastateur et sans issue constructive pour notre démocratie et pour les français musulmans, quelle que soit leur position sur le voile?  Voici quelques éléments de réflexions qui bousculent le bien fondé de la loi autorisant le voile "islamique" dans notre pays.


 


                    Si on peut facilement identifier dans notre société l'intime "conviction démocratique" (comportements, lois et règlements en vigueur, sanctions en cas de non respect etc..) qu'en est-il de l'intime "conviction religieuse"? Lorsque sur une chaîne de télévision une femme se justifie en affirmant qu'elle se voile par soumission à Dieu, on peut s'interroger. Rappelons quelques vérités.



Le voile est antérieur au Coran : "dès les Assyriens, la femme libre est obligée de porter le voile, sous peine de sanctions. Une pratique qu’on retrouve, avec divers degrés d’obligation, chez les Juifs ou les Romains. Le Coran reprend cette pratique et la codifie, sans toutefois explicitement préconiser le port du voile. Néanmoins, plusieurs écrits évoquent cette pratique pour les épouses du prophète Mahomet, notamment au verset 31 de la sourate 24 et au verset 59 de la sourate 33. L’usage a ensuite différé, selon les pays et les époques, tendant parfois vers plus de souplesse, et d’autres fois, à l’inverse, vers une codification importante, qui a pu être érigée en loi par les régimes politiques des pays en question." (note 1)



Cette variation de l'usage du voile dans les sociétés musulmanes se vérifie bien de nos jours et tout particulièrement depuis ces dernières décennies. Prenons l'exemple des pays de l'Afrique du Nord, proches de la France par la géographie et l'histoire, et dont sont originaires bon nombre des français musulmans vivant parmi nous. Dès les indépendances acquises au cours des années cinquante à 1962 on peut observer une volonté de rupture avec le passé colonial, ce qui se comprend très bien. Par contre, ces nouveaux états affirment leur appartenance au "monde arabe" - le panarabisme - dominé déjà par l'islam plus ou moins radical sous les influences du wahabisme, des frères musulmans et du salafisme. La poussée de l'islam radical est manifeste partout. Seule la Tunisie semble échapper alors à ce mouvement de ré-islamisation.



L'exemple de l'Algérie illustre bien cette évolution avec l'arrivée massive, très rapidement après l'Indépendance, de millers d'enseignants et d'imams venus d'Egypte : arabisation de l'enseignement, prêche d'un islam radical inspiré des Frères musulmans assez éloigné de la tradition du pays. Dès les années 70, pour contrer son opposition qui conteste l'arabisation et réclame la démocratie, le pouvoir algérien favorise les "religieux" qui prennent en charge les difficultés sociales et élargissent ainsi leur influence. Ce choix de favoriser ceux qu'on appelle déjà les "islamistes" pour contrer les tenants de plus de démocratie explique les différentes révoltes des années 80 - identitaires, sociales, étudiantes et politiques - qui aboutiront après octobre 1988 à l'avènement du pluralisme politique. C'est alors que l'on découvre la prise en main du pays par le FIS - Front Islamique du Salut - parti Islamiste radical. Après sa victoire sans appel aux élections locales en 1990, il est sur le point de remporter les élections législatives et de prendre le pouvoir en Algérie. Le coup d'état de janvier 92 mettra fin à ce processus. Après l'échec de Mohamed Boudiaf assassiné, l'Algérie plongera dans une guerre civile atroce (200 000 morts ?) jusqu'en 1999.



Les salafistes algériens vont alors déployer toute leur barbarie se réclamant de l'islam politique inspiré de la charia et arborant leur intime "conviction religieuse" en portant qamis et barbe et imposant le voile aux femmes, le hidjab (note 2). Au cours de cette "décennie noire" ils ont menacé et tué des femmes qui refusaient de se voiler. Ils ont assassiné par centaines journalistes, écrivains, démocrates, intellectuels et cadres du pays. L'Algérie voilée vit sous le règne de la terreur. Et c'est pour échapper à cette barbarie que des milliers de femmes et d'hommes ont fui leur pays. Beaucoup sont venus en France.
Voilà ce que représente le voile pour ceux d'entre nous qui ont vu ou vécu de près "l'intime conviction" du terrorisme islamique. Ce sont les mêmes aujourd'hui qui, en France, au Moyen-Orient et dans le monde, poursuivent ce combat pour l'instauration d'une république islamique, se mouvant dans des communautés musulmanes plus ou moins salafisées et qui, malgré leurs protestations, constituent le terreau du terrorisme. On comprend alors le désarroi des français musulmans et de tous les musulmans de France de se retrouver, presque trente ans après, encore menacés dans leur foi et dans leurs valeurs républicaines d'un côté par l'islam politique et de l'autre par le front des racistes et anti musulmans.


 


          Comment alors ne pas être atterré de voir en France une partie de l'opinion croire encore que le port du voile dans l'espace public ne relève que de la liberté de conscience garantie par nos institutions ?Comment en France, des esprits qui s'affichent "progressistes" dans leurs engagements politiques et à gauche souvent, peuvent-ils défendre les femmes musulmanes voilées au mépris des valeurs fondatrices de la gauche, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen? Comment en 2019 peut-on être aussi aveugle à ce point ou ignorant ?



C'est pourquoi, au nom de la mémoire de celles et ceux qui ont été violentés, assassinés, menacés, ou exilés ; au nom de toutes celles qui, à travers le monde, risquent leur vie en refusant de porter le voile ; au nom des femmes musulmanes de France qui résistent au risque d'être rejetées ou qui, soumises, subissent la loi de leur communauté et de leurs proches en violant leur liberté de conscience, ayons le courage de dire non au voile. Oui à un islam compatible avec nos valeurs, un islam de France, en clarifiant le financement des lieux de culte, en favorisant la formation d'imams français, en soustrayant les musulmans de France aux influences des pays d'origine qui ont du mal à accepter la double nationalité et ses conséquences : la librerté de conscience, de pensée ou de s'exprimer ; l'égalité Homme/Femme.



En reconnaissant publiquement que le voile n'est que le symbole d'une idéologie totalitaire, incompatible avec nos valeurs républicaines nous apporterons un soutien incommensurable à ces très nombreux français musulmans qui refusent le voile et pratiquent pleinement leur citoyenneté. Et alors, nous combattrons plus efficacement en France les deux menaces mortelles que sont pour notre démocratie, d'une part le salafisme et d'autre part ceux qui se nourrisent de la haine des étrangers et des musulmans tout particulièrement.


J.S. Octobre 2019


Textes de référence :


Note 1 : Le Monde : cliquer ici :
"La charia (littéralement « la voie ») est la loi islamique codifiant l’ensemble des droits et des devoirs tant individuels que collectifs des musulmans. Elle dicte le statut personnel et familial, le droit pénal et public. Pour faire plus clair : la charia, c’est la constitution de l’Islam. Elle codifie la vie de tous -teles jours. La charia donne aussi lieu à plusieurs interprétations concernant la réglementation de la tenue vestimentaire de la femme. Le port et la forme du hijab (voile islamique) diffèrent selon les différents pays, donc selon les différentes interprétations. Il peut, soit recouvrir l’intégralité du corps, sauf le visage, soit moins, soit une seule partie du corps"
Que dit le Coran du voile ?
Plusieurs écrits évoquent cette pratique pour les épouses du prophète Mahomet, notamment au verset 31 de la sourate 24 : « Et dis aux croyantes de baisser leur regard, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. »
Mais aussi au verset 59 de la sourate 33 : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grandes voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est pardonneur et miséricordieux. »
Note 2 : Sources : site islamique :cliquer ici
"Porter le Niqab qui couvre le visage n’est pas obligatoire en Islam, mais recommandé. Comme cela est cité précédemment, ce qui est obligatoire en Islam c’est de couvrir tout le corps sauf le visage et les mains. Donc ce n’est pas obligatoire sur la femme de couvrir son visage et ses mains. Ceci est uniquement obligatoire sur les femmes du Prophète Salla lLâhou `alayhi wa sallam. Cependant si elle couvre son visage sans que cela ne lui entraîne une nuisance, ceci est recommandé pour elle. Aussi il n’est pas obligatoire de porter le jilbab ou le voile intégral ou la burka. Mais il n’est pas permis de rabaisser le port du Niqab (qui couvre le visage), car le fait de rabaisser les sujets de la religion est une mécréance, voir : Comment le Musulman Préserve sa Foi. Éviter Apostasie, Mécréance, Blasphème".
"Par ailleurs il faut savoir que renier une obligation connu d’évidence selon les musulmans, ceci comporte un démenti de la religion et démentir la religion invalide l’Islam de la personne, or le voile pour la femme est une obligation selon l’unanimité. Le fait de ne pas le porter est un petit péché mais le fait de renier son obligation, ceci comporte un démentit de la religion et annule l’islam de la personne, de même le fait de le rabaisser ou le dénigrer.