Présentation de l'auteur

Avant propos du livre

10 juin 2016

 "C’est au début des années quatre-vingt-dix que j’ai adhéré à la section ADFE (Association démocratique des Français de l’étranger) du Gabon. En effet, après un an passé en Algérie comme enseignant en contrat résident au lycée Bouamama (ancien lycée français d’Alger), je venais d’obtenir un poste de professeur expatrié au lycée français Blaise Pascal de Libreville.


Ainsi commence mon expérience d’expatrié après vingt-cinq ans d’enseignement en France et d’activités militantes syndicales, politiques avec un mandat d’élu dans ma commune d’origine, Rezé, située au sud de l’agglomération nantaise ; associatives aussi, comme membre cofondateur et premier président du comité de jumelage entre Rezé et la ville algérienne d’Aïn Defla.


Ce parcours original détonne par rapport à la plupart des enseignants expatriés. Il s’effectue après vingt-cinq ans de carrière en France alors que je suis de la génération des nombreux coopérants, partis essentiellement sur le continent africain, dans les années soixante/soixante-dix. En effet, mon histoire
personnelle aurait pu m’amener à partir en tant que coopérant en Algérie dès mes études terminées, à la fin des années soixante. En effet, ce pays était entré dans ma vie, quelques années plus tôt, lorsqu’en janvier 1962 je rentrai comme élève officier à l’École  militaire d’infanterie de Cherchell pour six mois. Malgré les circonstances, parfois chaotiques, de cette période de transition vers l’Indépendance, l’Algérie entra dans ma vie pour toujours. J’ai quitté l’Algérie en juin de la même année, peu de temps avant la naissance de l’État algérien, pour rentrer en France dans des conditions particulières. J’ai retrouvé l’Algérie en 1980-1982 quand le conseil municipal de Rezé décida de réaliser un jumelage avec un pays du Sud.


Après un premier jumelage avec l’Allemagne dans le cadre de la réconciliation franco-allemande, puis des relations avec un pays de l’Europe de l’Est, la Roumanie, j’ai été, pour ce nouveau jumelage et de ceux qui ont milité pour privilégier le choix de l’Algérie malgré les réticences de certains, même à gauche. Pour moi, le choix de l’Algérie s’imposait. Mon séjour algérien, vingt ans plus tôt, m’avait profondément marqué, créant un lien très fort avec ce pays. J’appartenais à cette génération de Français, qui, à vingt ans et malgré eux, ont mené des opérations de guerre contre le peuple algérien. Mais je pensais que, dépassant toutes les souffrances endurées de part et d’autre, nous nous devions de participer à la réconciliation de nos deux pays comme nos aînés le firent avec l’Allemagne. Ce sentiment était partagé par les élus de la ville d’Aïn Defla que nous avions sollicités en mars 1982. C’est avec enthousiasme et détermination que le comité de jumelage, que je présidais, a concrétisé ce choix politique de la ville de Rezé en organisant des échanges de jeunes et de délégations officielles, des cycles de conférences et des manifestations culturelles surl’Algérie : histoire, géographie et économie, langue, religion, cours d’arabe, musique, etc.


Après une activité intense pendant presque une décennie et de nombreux déplacements à Aïn Defla, je décidai de partir vivre et travailler à Alger, engageant ma vie privée et professionnelle dans une autre aventure, l’expatriation. Si ce nouvel épisode de ma vie constitue bien une rupture, ce changement se fait quand même dans une réelle continuité, celle des engagements militants et tout particulièrement associatifs et politiques. C’est tout naturellement que je poursuis à Libreville mes activités militantes en rejoignant la section locale du parti socialiste, dont les adhérents animaient également la section de l’ADFE. Mon expérience gabonaise reste pour moi un temps fort où l’amitié et la convivialité ont créé une véritable solidarité autour de ce militantisme. Sans pour autant m’isoler dans une bulle franco-française, comme certains de mes compatriotes, puisque, grâce à mon épouse algérienne, médecin, nous avons eu aussi de nombreux contacts avec les communautés venues des quatre coins du monde et tout particulièrement du continent africain et du Moyen-Orient.


J’ai même assumé des responsabilités au sein de la section ADFE. Mais, malgré ma candidature sur la liste ADFE aux élections de 1997, je ne me suis pas intéressé outre mesure au CSFE, que des camarades, militants depuis les années quatre-vingt et qui le connaissaient bien, présentaient comme une «machine » à fabriquer des sénateurs. Ceux-là même que l’onvoyait passer assez régulièrement au Gabon, et même certains, pas forcément qu’à droite, fréquentant assidûment le palais présidentiel. La Françafrique était encore palpable et les troubles politiques du Gabon dans la décennie quatre-vingt-dix l’ont bien révélé.


 


Bien que bénéficiant d’un contrat de résident qui me permettait de prolonger durablement mon séjour au Gabon, je décidai de rentrer en France à la veille du nouveau siècle qui arrivait. Je ne pensais pas alors revivre l’expatriation de sitôt, si un concours de  circonstances ne nous avait pas poussés, ma femme et moi, à retourner en Algérie au bout de quelques années. Cette fois, notre expatriation se présente dans des conditions bien particulières. Je ne suis plus un fonctionnaire expatrié, mais un jeune retraité dont la réalité quotidienne s’apparente plus à celle d’un double national, cas de ma femme, qu’à celle d’un Français « résidant àl’étranger », avec liens familiaux et amicaux, dans une société se relevant à peine du traumatisme des années noires.


Très vite, je prends contact avec le parti socialiste et la section  ADFE d’Alger, où je découvre une communauté française nombreuse et active, et où dominent les doubles nationaux et couples mixtes, suivis de ces Français nés en Algérie, qui y sont restés après l’Indépendance et très attachés aux valeurs de gauche. Quelques-uns d’entre eux ont participé activement à la guerre de Libération Nationale au côté du peuple algérien. Il faut citer aussi ces personnages, si attachants, qui résident en Algérie depuis des décennies, au service de l’État ou des populations les plus démunies, à travers leurs activités professionnelles, sociales ou caritatives souvent liées au diocèse d’Alger. Les Français « expatriés » sont très minoritaires depuis le départ, au cours des années 94-95 pour un bon nombre d’entre eux pour cause de terrorisme. Ils vivent encore, au début des années 2000, repliés sur leur base de travail et de vie.


Proche de cette communauté si diverse et déjà enraciné dans ce pays depuis plus de quinze ans, je participe très vite aux activités de la section ADFE d’Alger, me porte candidat au conseil d’administration où je suis élu ; nous sommes en 2006. Cette nouvelle expérience, qui va durer presque dix ans (2006 à 2014), sera vécue au sein d’une équipe dynamique et représentative de la diversité sociologique et culturelle de la communauté française du consulat d’Alger. Alors commence pour moi une deuxième expérience associative au sein de l’ADFE qui va m’amener à m’intéresser de plus près à son fonctionnement interne, non seulement au plan local, à travers les relations tumultueuses entre les six sections d’Algérie, mais aussi au niveau national, en participant à Paris, cinq années consécutives (2009 à 2013), à l’assemblée générale annuelle de l’ADFE, devenue FdM-adfe. Je participe aussi au forum ouvert aux militants sur Internet… Cet investissement assez intensif, que je n’avais jamais éprouvé de faire au Gabon, dans le fonctionnement associatif (statuts, règlements intérieurs et coordination des sections implantées dans le même pays) et dans les débats sur les grands sujets concernant les Français de l’étranger m’amènera à découvrir des discours, des positionnements et des approches politiques qui me firent me poser beaucoup de questions.


 


L’événement déclencheur de ce travail militant sera la préparation des élections à l’AFE prévues pour 2009 qui révélera de graves dysfonctionnements dans la pratique associative, en Algérie et au siège à Paris. Loin de s’apaiser, ils vont se multiplier, au fil des ans, jusqu’au nouveau scrutin de 2014 avec,
pour la première fois, l’élection des conseillers consulaires, nouvelle donne de la démocratie de proximité décidée par la nouvelle majorité politique élue en 2012. C’est le débat sur cette « grande réforme » des conseils consulaires au cours des années 2012-2013, et mise en oeuvre en 2014, qui m’a amené à contester « La Représentation politique des Français de l’étranger » proposée par les élus de l’AFE et leurs sénateurs, gauche et droite confondues, et soutenue par FdMadfe. C’est ce même débat qui m’a convaincu que tous ces responsables politiques ou associatifs, finalement très peu nombreux et qui sont censés être représentatifs des intérêts des Français établis hors de France, ne représentent en fait qu’eux-mêmes, pris dans une logique politicienne, à savoir obtenir toujours plus d’élus, conseillers AFE et sénateurs, pour une France « hors sol » virtuelle. Alors que le monde réel des Français établis à l’étranger les ignore superbement et ne participe pas aux élections. Ainsi, leur participation moyenne varie entre 10 et 20 % des inscrits des listes électorales consulaires — LEC — (1 063 000 d’inscrits en 2014) et se situe à moins de 10 % si on admet que leur nombre serait proche de 2,5 millions, voire plus, comme beaucoup l’avancent dans leurs statistiques ! Dans quelle république bananière sommes-nous ? Et cela pour tous les scrutins organisés à l’étranger depuis plus de trente ans, élections à l’AFE ou européennes. Seule l’élection présidentielle échappe à cette déroute. Les derniers scrutins de 2012 et 2014, élections présidentielles, législatives et consulaires confirment tous ces chiffres.


 


Ces échecs retentissants, que tout le monde a étouffés, m’ont définitivement convaincu du bien-fondé de mes analyses. Et le fait que l’élection présidentielle échappe en partie à ce désastre démocratique, avec une participation entre 35 et 40 % des inscrits, révèle bien, à mon sens, que les Français de l’étranger savent bien témoigner leur attachement à la France par un acte citoyen responsable quand ils le jugent important, le reste étant une caricature de démocratie indigne de notre pays.


 


Alors, comment en est-on arrivé à ce triste constat, malgré toutes les réformes successives de 1948, 1958, 1982, 2004 et enfin 2014 ? À qui profite cette démocratie d’opérette et pourquoi est -elle maintenue ? Pourquoi cette énième réforme de 2013 qui ne convient à personne ? Qui sont-ils ces Français « établis hors des frontières » qui votent si peu ? De mauvais citoyens qu’il faut montrer du doigt ou tout simplement des Français qui, malgré leur fort attachement à la France, ont pris leur distance vis-à-vis de leur citoyenneté ?


C’est à toutes ces questions que cet ouvrage essaie d’apporter des réponses ou du moins des éléments de réflexion. Dans quelques mois, l’élection présidentielle de 2017, suivie des législatives, sera une occasion donnée aux politiques d’apporter leurs propositions et d’expliquer clairement aux Français de l’étranger quels liens l’État veut établir avec eux et à quelles conditions. Alors peut-être que bon nombre d’entre eux auront envie, en retrouvant le chemin des urnes, de réaffirmer leur appartenance à la Nation."


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