Rapport 2018 sur les français établis à l'étranger

24 septembre 2018

Le rapport du MEAE confirme les grandes tendances observées ces dernières années et que j'avais analysées en 2015, après les premières élections consulaires de 2014, dans mon livre "Français de l'étranger, quelle citoyenneté"  http://www.fde-citoyennete.fr


 


Rappelons quelques chiffres qui émergent fortement et qui peuvent nous aider à mieux cerner une population très diversifiée dans ses aires géographiques, ses composantes culturelles, sociales et économiques, mais aussi fortement concentrée sur un petit nombre de pays. Il y a sans doute à travers ces chiffres des explications qui permettent de mieux appréhender leurs rapports avec la France.


 


Pour une population inscrite de 1,8 million de personnes et sachant que les moins de 18 ans représentent 20% des inscrits, il y a un corps électoral d'environ 1.350000 citoyens. Par ailleurs, en admettant le chiffre (minimun ?) annoncé de 1 million de français non enregistrés, soit 750.000 électeurs potentiels, on peut mesurer le réel intérêt des français de l'étranger pour la vie politique française. Variant entre 15 et 20% aux dernières élections, AFE, puis conseillers consulaires, voire moins pour la députation et les élections européennes, cette participation, rapportée au corps électoral potentiel, ne dépasse pas les 10% . Ce qui fait que les candidats élus ne dépassent pas 5% chacun ! Seule l'élection présidentielle échappe à ce désastre.


Alors, n'y aurait-t-il pas dans ce constat déjà une réponse à la question de savoir : comment les français établis à l'étranger souhaitent-ils exercer leur droit de vote ? Pourquoi s'obstiner à rechercher des "explications" démenties par les chiffres ? Au moment où le pouvoir propose une réforme constitutionnelle ne serait-il pas urgent de prendre en compte cette réalité pour mener une véritable réflexion sur la pratique citoyenne des français établis hors de France ?


 


Cette réflexion ne serait pas inutile si on prend soin d'examiner les chiffres publiés qui, après lecture attentive, mettent aussi en évidence que : 64% des inscrits vivent dans les trois zones géopolitiques suivantes : Amérique du Nord, pays membres de l'UE et l'Europe hors UE, qui représentent 55% des double nationaux, soit 418000 sur 763000 français double nationaux dans le Monde. Tous les états de ces trois zones appartiennent aux pays dits "développés et démocratiques"où le nombre de couples mixtes est important. L'UE, avec ses 673300 ressortissants français recensés, constituant le groupe démographique le plus important(37%). 


Comment alors ne pas se demander si le "besoin" de vivre une seconde citoyenneté (française) existe réellement quand on vit déjà très librement sa citoyenneté dans le pays où on vit bien et souvent où on y est né ? Il n'est plus étonnant alors  de constater que c'est dans ces pays que l'on trouve les participations les plus faibles aux élections proposées par le France : AFE puis conseillers consulaires, députés et élections européennes et régionales. Seule l'élection présidentielle, clé de voûte de nos institutions, fait mieux. Cela a un sens, non ?


Comment ne pas comprendre alors pourquoi, à l'inverse, dans les pays d'Afrique du Nord, du Proche et Moyen Orient, où le pourcentage de double nationaux est des plus élevés, 71 et 70 %, on y trouve de plus fortes participations. Ces pays historiquement très liés à la France sont aussi ceux où l'exercice de l'autre citoyenneté, la française, peut être contrariée mais paradoxalement ressentie aussi comme une nécessité. Peut-on, dans ces conditions, attendre plus d'engagement dans la pratique citoyenne proposée par le France ? On peut en douter.


 


Pour terminer ce rapide survol des statistiques on relèvera que, si on veut bien admettre ce qui finira par arriver, que les français résidant dans un pays de l'UE nes sont plus "des étrangers" et que vivre en Suisse, au Canada, aux Etats-Unis et demain au Royaume Uni relève de conditions de vie comparables à celles de la France, les français établis dans le reste du monde seraient moins de 700000 personnes "recensées" dont 340000 double nationaux et que les expatriés ne seraient dans ces pays qu'un peu plus de 300000. Ces chiffres devraient éclairer les décideurs pour mettre en place un redéploiement des moyens de notre pays au service des français établis dans les pays où les situations sont les plus sensibles.